La dangereuse bulle immobilière de l’Ile Maurice

La dangereuse bulle immobilière de l’Ile Maurice

Par Cheikh Mbacké SENE, Consultant en Communication et Intelligence économique

L’ile Maurice est une destination par excellence pour les investissements directs étranger (IDE)  qui ont enregistré une croissance annuelle de 16%, dont 60% dans le secteur de l’immobilier. Une tendance qui perdure depuis 5 ans et expose l’ile dans une bulle dangereuse. Ils ont été plus de 51% des investissements étrangers à investir en masse dans l’immobilier en 2012 et 2017 soit près de 8 milliards Rs (plus de 191 millions d’euros). C’est ce qui ressort des dernières statistiques, compilées par la Banque de Maurice (BoM), dont Afrique Finances s’est procuré une copie. Rien que sur l’année 2017, l’immobilier a capté 8,7 milliards Rs (+207 millions d’euros) de la manne financière sur un total des investissements directs étrangers estimé à 14,2 milliards (près de 340 millions d’euros). Sur les trois dernières années (2015- 2017), ce secteur a engrangé Rs 26,8 milliards (+640 millions d’euros) sur un total de Rs 35 milliards (+836 millions d’euros) du FDI. La concentration des investissements dans l’immobilier est dangereuse pour l’équilibre du pays. L’immobilier est pris comme une valeur refuge par les uns et spéculative pour les autres. Il emploie certes de la main d’œuvre sur une courte période, mais créer peu d’emplois durables. Il s’agit là, d’investissements non productifs et insoutenables pour l’équilibre économique du pays. Les investissements immobiliers n’agissent pas sur l’appareil productif de l’Etat. Bien au contraire, ils présentent des effets limités sur la croissance et ne peuvent prétendre assurer les besoins de financement de Maurice et pour un équilibre budgétaire national. C’est d’autant plus cruel sur l’économie si l’on sait que le principe est de prendre des terrains, les louer à de promoteurs qui y construisent des villas de luxe pour les vendre à des milliardaires étrangers qui ne résident à Maurice que quelques semaines sur l’année. Cette ruée vers l’immobilier dans un des pays africains les plus attractifs en termes de Doing Business, est la résultante du projet Integrated Resort Schemes (IRS) lancé en 2002. L’IRS est, rappelons-le, est un programme visant à attirer dans le pays des étrangers disposant de hauts revenus en leur proposant d'y investir dans des villas de luxe où ils peuvent habiter. Une initiative qui a connu un grand succès à l'origine d'une importante urbanisation du littoral de l'île Maurice. Les statistiques de la BoM confirment toutefois qu’hormis l’immobilier, les secteurs économiques générateurs d’emplois n’attirent même pas 5 % de la totalité du FDI. Par exemple, en 2017, le montant des investissements étrangers dans le secteur manufacturier n’a été que Rs 108 millions (+2,5 millions d’euros), soit 0,5 % sur un total de Rs 14,2 milliards (340 millions d’euros). Les TIC n’ont attiré que 0,5 % du FDI et la construction, 7 %. Ce qui amène à s’interroger véritablement sur les risques économiques et conjoncturels qu’encourt le pays dans les années à venir. 

« Des mesures urgentes s’imposent »

Maurice qui a connu une croissance modeste de 3,6% en 2017 avec une perspective d’être relevé de 0,2 points seulement en 2018. Ce pays, qui a été un exemple économique, semble s’essouffler. La croissance en Afrique sub-saharienne passerait à 3,4 % cette année et à 3,7 % en 2019, selon les perspectives du Fonds monétaire International (FMI). Alors que Maurice devrait se contenter d’une expansion économique de l’ordre de 3,9 % en 2018, des pays, tels le Ghana et la Côte d’Ivoire, enregistreraient respectivement une croissance de 6,3 et de 7,4 %. Plus près, le Zimbabwe, débarrassé de Robert Mugabe, est en manque d’investissement dans tous les secteurs. En attendant, cette économie devrait croître de 2,4 % en 2018 et de 4 % en 2019. Maurice peut mieux faire mais doit s’attaquer à quelques réajustements sectoriels pour redresser la barre et garder le cap.