Interview exclusive: Avis de l’OMC sur la Guerre Commerciale entre la Chine et les Etats Unis

Interview exclusive: Avis de l’OMC sur la Guerre Commerciale entre la Chine et les Etats Unis

Par Aminatou AHNE, Envoyée Spéciale de AFRIQUE FINANCES à Genève

Entre Washington et Pékin, il y a eu jusqu’à ce jour plus de menaces que de mesures concrètes prises l’un à l’encontre de l’autre. C’est de l’avis Keith Rockwell, Directeur de l’information et des relations extérieures de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC). Dans cette interview accordée à AFRIQUE FINANCES, Keith Rockwell revient sur le bras de fer entre les deux plus grandes puissances – Etats Unis et Chine - qui installe l’inquiétude sur le commerce mondial. Bien qu’une croissance assez significative soit enregistrée cette année avec de belles perspectives en 2019, l’impact d’une guerre commerciale mondiale, selon lui, sur les économies et les emplois, serait catastrophique. Keith Rockwell est également revenu sur le bilan peu satisfaisant de la dernière rncontrrr ministérielle qui s’est tenue en décembre 2017 à Buenos Aires.

 

"L’OMC n’est forte que si les membres le veulent"

 

Afrique Finances: M. Rockwell, le monde assiste à une sorte de guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis. Quelles sont les conséquences d’un tel tiraillement?

Keith Rockwell : C’est difficile à dire. Vous avez raison. Les deux plus grandes économies du monde sont maintenant dans une situation un peu tendue. Il y a des menaces et des discours, mais pour le moment il n’y a pas encore beaucoup d’actions. Il y a aussi d’autres joueurs qui sont  impliqués dans cette situation. Mais, il y a des possibilités pour les sanctions. C’est une situation qui existait avant la création d’un système multilatéral. Juste après la deuxième guerre mondiale, les diplomates ont créé les Nations Unies le FMI, la Banque Mondiale, et les origines de l’OMC. Il y avait un système de règles qui n’était pas discriminatoire et qui existe jusqu’à nos jours. S’il y avait un retour à l’ancien système, nos économistes ont prévu qu’il y aura une réduction du niveau de commerce à 60%. Et l’impact sur l’économie globale serait sévère aussi avec une réduction de l’économie globale par 2,4%. L’impact sur les emplois serait absolument catastrophique. C’est la raison pour laquelle, le Directeur Général de l’OMC, Monsieur Roberto Azevedo a insisté sur le fait que tous les grands membres doivent prendre leur précaution et prendre conscience de l’impact de leurs actions.  Et dans les jours à venir, il y aura plus de date limite sur le processus qui pourrait diriger les actions. Et on espère qu’il y aura un recul de la possibilité de grands dommages de l’économie globale et les grands acteurs vont résister à la tentation de s’impliquer et appliquer les mesures. Pour le moment, nous avons évité une guerre commerciale mondiale. Mais, la possibilité pour une situation comme ça, existe. La menace est vraie, et c’est très important pour tout le monde de prendre conscience de cette menace pour la croissance, pour les emplois, pour la stabilité du système multilatéral. S’il y a une guerre commerciale mondiale, l’impact sur l’économie et sur les emplois serait absolument énorme.

Afrique Finances: L’OMC semble impuissante face à cette menace…

Keith Rockwell : L’OMC n’est forte que si les membres le veulent, puisqu’elle puise sa force des pays membres.  Si les membres décident de ne pas suivre les règles, l’OMC devient faible, parce que c’est une organisation où ce sont les membres qui dirigent le processus. Les règles ont été créées par les membres. Les membres ont négocié les règles et observent les politiques des autres. Et s’il n’y a pas de cohésion entre les membres, le système devient forcément faible. Ce n’est pas possible pour le Directeur Général ou le secrétariat de forcer la main à des grandes puissances comme la Chine, les Etats-Unis ou l’Union Européenne et même un pays moins avancé. L’OMC ne peut pas forcer le gouvernement du Kenya par exemple, du Sénégal ou encore du Paraguay à faire quelque chose contre sa volonté. L’OMC est un forum pour la coopération des membres. C’est difficile avec 164 membres de créer un atmosphère ou encore une bonne ambiance pour la coopération, mais c’est essentiel. Le système marche bien depuis plus de 70 ans et on espère que le système est assez fort pour résister aux menaces qui ont surgi Les années précédentes.

Afrique Finances: Ne craignez-vous pas que l’OMC disparaisse puisqu’elle ne peut rien décider sans l’aval de ses membres qui, en réalité, détiennent le pouvoir ?

Keith Rockwell : Je ne pense pas, parce que les membres ont dit que l’importance c’est l’existence de ce système. C’est vrai que certains dirigeants n’aiment pas l’OMC, mais c’est une grande minorité. Et pour les petits pays, c’est essentiel. N’eut été l’OMC, on assisterait à une loi de la jungle dans le commerce mondial. Et une pareille situation ne profiterait pas aux pays pauvres. C’est vrai qu’il y a toujours des contraintes pour les grandes puissances, et c’est la meilleure méthode pour que le système marche. Et je pense qu’il y a des éléments qui sont très valables pour tous les membres. Je pense que la majorité des sociétés, des travailleurs, des gouvernements apprécient le fait que sans le système, il n’y aura pas de transparence, de stabilité et le cadre qui sont nécessaire pour que le commerce marche bien.

Afrique Finances: Les PMA font grise mine depuis la dernière ministérielle de l’OMC qui s’est tenue en décembre à Buenos Aires. Quelle est la pertinence de cette rencontre où on a du mal à trouver des accords entre les membres?

Keith Rockwell : Le bilan de Nairobi était meilleur que celui de Buenos Aires. Les ministérielles sont une grande partie des règles, c’est une obligation pour les ministres de se rencontrer chaque 2 ans. Et c’est très important pour les ministres de se rencontrer de discuter des situations même s’il n’y a pas un accord. Il faut une connaissance des règles par les membres pour une réussite du système.  C’est très important, d’où l’organisation des ministérielles. C’est un choix des gouvernements. Il n’y a pas beaucoup de regrets parmi les gouvernements. Une conférence ministérielle se tiendra l’année prochaine, et certainement des gouvernements feront des offres.

Afrique Finances: A qui profitent les bonnes prévisions du commerce mondial (4,4% pour 2018 et 4% pour 2019) ?

Keith Rockwell : C’est un paradoxe. Mais tout va bien. Le niveau de commerce a augmenté dans tous les pays du monde l’année dernière. Les prévisions de cette année et de l’année prochaine sont les mêmes, elles sont bonnes Mais, s’il y a des décisions politiques qui interrompent le programme, c’est difficile de prévoir le coût, mais il y aura une révision du niveau des taxes d’importation sinon, on retournera à la situation de l’après-guerre mondiale et l’impact sur l’économie globale serait horrible. S’il n’y a pas de décisions qui constituent une menace pour le commerce des autres pays il y aura une continuité de la croissance commerciale.