Mines et énergie: le paradoxe sud-africain

Mines et énergie: le paradoxe sud-africain

La leçon sud-africaine mérite méditation, à l’heure où le Sénégal prépare son entrée dans le cercle des pays pétroliers. Voilà en effet l’un des géants du continent en termes de Pib tiré par les ressources minières et minérales, qui peine à réussir sa transition énergétique  et se trouve confronté à des défis majeurs. Dont la volatilité des cours et les pertes subséquentes d’emplois ne sont pas les moindres.

 

L’Afrique du Sud est l’autre « scandale écologique », comparable à la RDC dont sa dotation exceptionnelle n’engendre que conflits sans fin (la malédiction du pétrole) ou la Guinée qui patauge dans un contexte politique lourd de dangers. Fortement tributaire du charbon, l’Afrique du Sud qui détient 0,9 % des réserves mondiales, vit sous « le poids écrasant du charbon (91,9%) dans la production électrique face au nucléaire (5,5%), aux centrales hydroélectriques (1,6%), au solaire (0,5%) et à l'éolien (0,5%) », selon une étude de Bernadette Mérenne Schoumaker de l’Université de Liège datant de mars 2018. La première économie du continent est moins bien dotée en hydrocardbures et doit importer du gaz mozambicain, essentiellement pour fournir ses centrales électriques.Car ce sont surtout ses autres ressources minérales qui font la  richesse sud-africaine, notamment les métaux du groupe platine, dit MGP : platine, palladium, rhodium, iridium, osmium ey rhuténium. En effet, « ce sont des métaux rares très recherchés par l'industrie chimique et pétrolière (car ce sont de puissants catalyseurs), par les technologies de l'information et de la communication et la joaillerie », dit l’étude. Mais c’est aussi l’or dont le pays de Mandella est passé malhureusement du 1er rang mondial à au 7ème entre 1970 et 2016. Mais il reste 5ème producteur mondial de diamants. Sans compter les trois minerais  vedettes de la sidérurgie et de la métallurgie lourdes : le fer (7ème producteur mondial de minerai en 2014), le manganèse (78 % des réserves mondiales) et le chrome (72 % des réserves et 92 % de la production mondiales).

Mais, si le charbon, le groupe platine et l’or comptent pour la majeure partie des exportations et des emplois créés par l’industrie minière, le pays est confronté à plusieurs défis, surtout à l’ère du changement climatique. En raison d’abord de variations conjoncturelles et structurelles, la volatilité des cours induisant des pertes d’emplois : de 179 964 à 116 152 postes pour l’or et de 21 186 à 11 467 poste pour le diamant entre 2004 et 2016. D’où des ajustements fréquents, l’Afrique du Sud devant d’une part lutter contre le chômage tout en maintenant la rentabilité de son secteur minier (7,3% du Pib) et, d’autre part, réduire les émissions de gaz à effet de serre (7,77 t/ habitant en 2015, contre 0,96% pour l’ensemble du continent. Soit 40 % des émissions de l’Afrique. Un paradoxe de plus à résoudre pour la politique énergétique. Qui plus est, dans un climat de dépréciation du Rand, la monnaie nationale.

La Rédaction