Stabilité politique en Côte d’Ivoire : Le deal Pdci-Rdr qui fait l’affaire de tous. Mais quid du Doing Business ?

 Stabilité politique en Côte d’Ivoire : Le deal Pdci-Rdr qui fait l’affaire de tous. Mais quid du Doing Business ?

Par Cheikh Mbacké SENE

La côte d’Ivoire a relancé son économie pour s’imposer durablement dans la sous-région comme la locomotive de l’émergence. Mais le pays de Houphouët Boigny reste encore hanté par les débris des différentes crises ethnocentriques, post-électorales et par les sots d’humeur incontrôlables de l’armée. Quel est aujourd’hui le poids de la hantise du risque face à l’attractivité et le Doing Business ?

Comprendre la situation actuelle

Le pouvoir en place sait qu’il court deux dangers venant de l’intérieur et particulièrement de la guerre politique à travers laquelle les candidats rivalisent de machiavélisme et instrumentalisent le peuple, et des mouvements sociaux et menaces de l’armée jadis républicaine, mais aujourd’hui diluée avec des énergumènes peu fréquentables. La course à la succession du président Ouattara est ouverte et engage le pays dans des guerres de positionnement tant au sein du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (Pdci) au pouvoir que dans l’opposition. Après avoir donné des garanties qui contraignent les « rebelles » de l’armée de rentrer dans les rangs (en attendant leur prochain coup d’éclat), le Président Alassane D. Ouattara se lance dans le pari des coalitions autour du Pdci. L’argument central avancé est celle de l’unité et de la stabilité nationale. Louable quoiqu’on en dise : calcul politique ou pas, il garantit un apaisement à certaines échelles au pays. La presse ivoirienne parle « d’entente objective » pour qualifier celle scellée entre le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (Pdci) et le Rassemblement des républicains (Rdr), en gestion commune du pouvoir depuis 2011. En sept ans, les partis respectifs de Henri Konan Bédié et Ouattara ont cheminé ensemble au nom du père (en référence au père de la nation qui a fait les deux leaders de ces deux partis) avec du plomb dans l’aile. Si le PDCI veut rester au pouvoir en 2020, le Rdr veut lui recouvrer le pouvoir que le feu Général Robert Guëi lui avait pris en 1999. Bédié s’attend à un renvoi de l’ascenseur et une manifestation de reconnaissance pour service rendu depuis le second tour de la présidentielle de 2010. Si l’opposition, les syndicats et société civiles restent encore très éparses pour peser, le duo Pdci-Rdr est sûr de fait un carton en 2020. Encore faudrait-il qu’ils résistent aux guerres fratricides et rivalités directes. Mais les obsessions au pouvoir menace la stabilité encore fragile du pays des pachydermes qui compte 23,7 millions d’habitants (Banque mondiale, 2016) dont 5,5 millions d’étrangers, et qui a encore en mémoire la décennie de feu et son décompte macabre estimé à 3000 morts officiels.

La hantise d’une rechute face à l’attractivité économique du pays

La côte d’Ivoire qui a connu une guerre post-électorale, est devenue l’une des croissances les plus rapides du continent africain. En 2017, la Côte d’Ivoire a continué d’être une des économies les plus dynamiques d’Afrique, avec un taux de croissance qui devrait se maintenir autour de 7 %.  Le taux de croissance du PIB devrait atteindre 7 % en 2018 et 2019. Toutefois, l’économie ivoirienne reste vulnérable à des risques externes tels que les fluctuations des cours des produits agricoles et extractifs, les conditions climatiques, les risques sécuritaires mondiaux et régionaux ainsi qu’un resserrement des marchés financiers régionaux et internationaux. L'économie ivoirienne est la première économie de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) et la Côte d'Ivoire demeure une destination privilégiée pour les investisseurs étrangers dans la région. Pourtant Le niveau des IDE vers la Côte d’Ivoire est resté stable depuis 2014. Ils avaient souffert d’une importante décroissance en 2011 à cause de l’instabilité politique. Les IDE sont passés de 407 M$ en 2013 à 430 M$ en 2015. Le stock d’IDE en 2015 s’élevait à 7,3 Md$, soit 23,5 % du PIB. 39 % du stock d’IDE sont détenus par la France. Le gouvernement au pouvoir depuis 2011 a cherché à faciliter l’entrée d’IDE grâce à un nouveau code d’investissement. Le nouveau code prévoit des avantages fiscaux et des procédures administratives facilitées. Après la France, les principaux pays d’origine des IDE sont : la Belgique, l’Afrique du Sud, la Suisse, les Pays-Bas, le Royaume-Uni, le Canada, le Togo, le Maroc et le Luxembourg. Les investisseurs étrangers ont toujours foi au pays mais gardent toujours dans un coin de leur tête la peur que le pays replonge. Et les mouvements de grogne militaires, la menace djihadiste dans la sous-région(en reference à l'attentat de Grand-Bassam est une fusillade qui a eu lieu le 13 mars 2016 dans un quartier touristique de la station balnéaire ivoirienne de Grand-Bassam et qui a fait 16 morts), restent encore dans les esprits.